1898-1933
France, Etats-Unis
Actrice

La Française Renée Adorée triomphera à Hollywood dans un des plus grands succès de la MGM, The Big Parade avant de mourir prématurément de la tuberculose.
Fille d’artistes de cirque, la future star naît Jeanne de la Fonte, à Lille ou à Hambourg. Elle parcourt l’Europe avec ses parents, et à l’âge de dix ans effectue déjà des numéros de danseuse, d’écuyère et d’acrobate. Adolescente, elle commence à paraître sur scène dans de petites productions, travaillant un temps dans les chœurs des Folies Bergère.
De l’Australie à Hollywood
Surprise par le déclenchement de la Guerre lors d’une tournée en Russie, elle se réfugie à Londres, puis en Australie où elle danse pour le circuit Tivoli. C’est là qu’elle joue dans son premier film, 500 £ Reward (1918), et qu’elle est rebaptisée Renée Adorée. On la retrouve aux États-Unis où elle continue à jouer comme actrice de théâtre. Elle est alors remarquée par les studios Fox, et tourne pour Raoul Walsh son premier film américain, The Strongest [Les Plus Forts]. Dans cette adaptation d’un roman de Georges Clémenceau, elle incarne une jeune femme disputée entre son père officiel, un industriel, et son père biologique, un aristocrate.
Renée rencontre Tom Moore, de 15 ans son aîné, qu’elle épouse en février 1921 (ils divorceront en 1924). Sa carrière tarde cependant à décoller, malgré plusieurs rôles de jeune première face à William Russell, John Gilbert, et un western avec Buck Jones, West of Chicago (1922). Cette même année, elle obtient un petit rôle, celui d’Eugénie, la fille du banquier Danglars, dans la version de Monte-Cristo réalisée par Emmett J. Flynn. Elle est aussi la partenaire de Buster Keaton dans Daydreams [Grandeur et Décadence].
Renée Adorée passe sous contrat chez Louis B. Mayer, tourne deux films pour Reginald Barker, The Eternal Struggle [L’Eternel Combat] (1923) avec Earle Williams, et Women who Give [Les Naufragées de la Vie] (1924) avec Frank Keenan. Elle retrouve John Gilbert dans A Man’s Mate (1924) d’Edmund Mortimer : entraîneuse dans un bar louche, elle l’aide à retrouver sa vraie personnalité. Mais c’est l’année 1925 qui marque son accession à un statut de vedette, quand elle rejoint la nouvellement créée MGM.
La Grande Parade

Cette année-là elle incarne Suzette dans Man and Maid avec Lew Cody d’après Elinor Glyn, rôle provoquant qui fait d’elle l’une des actrices les plus sexy d’Hollywood. Mais c’est surtout le rôle de Mélisande dans The Big Parade [La Grande Parade] de King Vidor qui fait d’elle une star : elle est la jeune paysanne française dont John Gilbert tombe amoureux avant de partir au front, et qu’il revient chercher après la guerre. Malgré sa petite taille, sa sensuelle beauté et ses yeux pénétrants lui donnent une présence fascinante dans les scènes légères (quand il lui apprend à mâcher du chewing-gum) ou tragiques (les adieux déchirants lors de son départ pour le front). Renée impose alors son jeu très moderne, basé sur l’expression des yeux et une grande sincérité émotionnelle.
Les années de gloire
Renée Adorée retrouve plusieurs fois John Gilbert, avec qui elle a une liaison passionnée. Malgré un rôle secondaire, dans La Bohème (1926) de King Vidor, elle apporte sa vitalité et sa fraîcheur au personnage de Musette, l’amie de Mimi interprétée par Lillian Gish. Dans The Show [La Morsure] (1927) de Tod Browning, elle joue Salomé dans un théâtre ambulant, et remet Cock Robin, joué par Gilbert, sur le droit chemin grâce à sa grandeur d’âme. Dans The Cossacks (1928) elle est la fiancée du fils du chef (à nouveau John Gilbert) qui doit prouver sa valeur pour la reconquérir. Elle est également deux fois la partenaire de Lon Chaney, dans The Black Bird [L’Oiseau Noir] (1926) où elle est la chanteuse de cabaret Fifi, et dans Mr. Wu (1927) où son rôle de Nang Ping la place au cœur de la tragédie.

Elle joue une danseuse de cabaret dans Tin Gods [Les Dieux de Bronze] avec Thomas Meighan, une gitane dans Heaven on Earth (1927) avec Conrad Nagel, qu’elle retrouve dans The Michigan Kid, puis la fille d’un trappeur dans le Grand Nord Canadien dans Back to God’s Country (1927), une patronne d’attraction foraine cherchant à moraliser son show dans The Spieler (1928). Dans A Certain Young Man (1928) elle joue avec Ramon Novarro qu’elle retrouvera notamment dans Forbidden Hours (1928) et The Pagan (1929) où elle est une prostituée au grand cœur. Elle est une señorita, fille d’un propriétaire californien ruiné par la ruée vers l’or dans Tide of Empire [Naissance d’un Empire]. Et dans The Mating Call [L’Infidèle] elle est remarquable dans le rôle de l’immigrante, et fait sensation en se baignant brièvement nue.
Le parlant et la maladie
Au moment du parlant, sa voix porte suffisamment pour lui assurer de continuer à jouer, mais en 1930 on lui diagnostique une tuberculose. Elle joue cependant cette année-là des seconds rôles dans deux films parlants, Redemption avec John Gilbert où elle est à nouveau une gitane, et Call of the Flesh avec Ramon Novarro, où elle est une chanteuse de cabaret. Mais elle doit alors se retirer. Soignée pendant deux ans dans un sanatorium, elle fait une rechute en 1933 et meurt à l’âge de 35 ans à Tujunga en Californie.