1885-1955
Etats-Unis
Actrice

Une des premières grandes stars du cinéma, Theda Bara a joui en son temps d’une très grande popularité, et a imposé le personnage de la vamp. Malheureusement la grande majorité de ses films a aujourd’hui disparu.
Bien que la publicité des studios l’ait présentée plus tard comme étant de lignée royale égyptienne, elle est née en réalité Theodosia Goodman, fille d’un tailleur de Cincinnati. Elle est très vite attirée par la scène, et joue à New York à partir de 1908 sous le nom de Theodosia de Coppet. Sa beauté exotique attire l’attention des studios Fox en 1914. Comme les films de cette époque regorgent déjà de douces ingénues, William Fox décide de créer un nouveau personnage de « vamp », une femme qui peut détruire les hommes d’un simple regard.
L’invention de la vamp
Le studio change alors son nom en Theda Bara (on s’apercevra plus tard que c’était, par hasard, l’anagramme de « Arab Death ») et la fait jouer dans une adaptation libre de A Fool There Was de Rudyard Kipling : elle y détruit la carrière, et finalement la vie d’un malheureux diplomate. Le succès est énorme et elle devient la plus grande star de la Fox, les revenus de ses films soutenant à eux seuls le studio. C’est alors que les publicitaires croient devoir lui inventer un passé extravagant (fille d’un artiste et d’une princesse égyptienne) et des pouvoirs surnaturels, auxquels seuls les plus crédules des fans ont pu croire. Elle reçoit les journalistes dans des pièces sombres surchargées de parfums et d’encens, peuplées de serviteurs « nubiens ».
Elle n’en reste pas moins un des premiers sex symbols de l’histoire du cinéma, malgré un physique un peu éloigné de l’idéal féminin actuel. Après deux nouveaux rôles de vamps dans The Clemenceau Case et The Devil’s Daughter (1915), le studio la fait jouer dans des mélodrames comme The Two Orphans (1915). Mais le public ne suit pas, et Fox revient vite à son idée initiale avec Sin (1915) où elle renoue avec le succès.
Les plus grands films
Pendant sa période de gloire, elle tourne une dizaine de films par an, parmi lesquels en 1915 la version de Raoul Walsh de Carmen, en concurrence avec celle de Cecil B. DeMille avec Geraldine Farrar, et The Galley Slave, le premier des 23 films qu’elle tournera avec J. Gordon Edwards. En 1916 c’est The Serpent de Raoul Walsh, The Eternal Sapho d’après Daudet, et East Lynne, un de ses rares films encore existants, ces deux derniers films réalisés par Bertram Bracken.

En 1916 elle sort temporairement de son rôle de vamp pour jouer un Romeo and Juliet, que la critique estime supérieur à la version de Beverly Bayne, et pour incarner Esmeralda dans The Darling of Paris. Mais elle retrouve l’année suivante ses rôles de prédilection, modérément avec Camille d’après La Dame aux Camélias, plus franchement avec Madame DuBarry. Mais c’est Cleopatra, superproduction à grand spectacle, qui reste son film le plus célèbre. Il n’en reste malheureusement que les photos de tournage témoignant des décors grandioses et des costumes minimalistes de la star. Au sommet de sa gloire, elle écrit le script et joue le rôle de la prêtresse dans The Soul of Bouddha (1918), et incarne une autre vamp historique marquante, Salomé.

Le déclin des vamps
Mais à la fin de la Guerre, le public commence à se lasser de ses personnages de vamps, dont elle n’arrive pas à sortir. Son jeu quelque peu outré devient alors démodé. Après The Lure of Ambition (1919), Fox ne renouvelle pas son contrat. Mais entre temps elle a rencontré le réalisateur Charles Brabin sur le tournage de Kathleen Mavourneen (1919). Elle l’épouse en 1921 et se retire avec lui. Elle revient ensuite à Broadway dans le pièce The Blue Flame avant de faire un comeback sans succès au cinéma en 1925 avec The Unchastened Woman de James Young. L’année suivante elle joue une caricature de son personnage de vamp, Madame Mystery, codirigé par Stan Laurel.
Theda Bara, malgré un mariage heureux et une aisance financière, gardera jusqu’à sa mort l’espoir toujours déçu d’un retour au premier plan. Mais le plus tragique dans son destin est la destruction de la quasi-totalité de son œuvre dans un incendie des entrepôts de la Fox en 1937.
Sources et ressources
Eve Golden : Vamp: The Rise and Fall of Theda Bara, Vestal Press, 1998