Chaplin (Charles)

1889-1977

France, Etats-Unis

Acteur, réalisateur

Né dans un quartier pauvre de Londres le 16 avril 1889, Charles Spencer Chaplin est le fils de Charles Chaplin et de Hannah Hill, tous deux artistes de music-hall, qui se séparent un an après sa naissance. Le petit Charles et son demi-frère aîné, Sydney, qui resteront toujours étroitement liés, connaissent une enfance difficile. Chaplin père abandonne sa famille et mourra dix ans plus tard, ravagé par l’alcool. La misère qui s’installe au foyer, l’altération de la santé de la mère, finalement internée à l’asile d’aliénés en 1903, et les séjours à l’orphelinat peuplent cette enfance « à la Dickens », dont les souvenirs inspireront The Kid.

Entre neuf et douze ans, Charles Chaplin commence une carrière d’enfant de la balle dans la troupe enfantine des Eight Lancashire Lads. Il obtient à partir de 1903 une succession de contrats au théâtre, puis dans la troupe du Casey’s Court Circus. En 1908, il a dix neuf ans et il est déjà une vedette de music-hall. Il est engagé dans la troupe de Fred Karno, alors le plus important impresario de sketches. Chez Karno, il apprend et perfectionne l’art de la pantomime : acrobaties et clowneries, rire tragique, mélancolie, sketches, danses et jongleries sobrement mêlés. Au cours d’une tournée de la troupe en Amérique, la compagnie Keystone, récemment fondée à Los Angeles par Mack Sennett, lui adresse une proposition de contrat.

Keystone

Charles Chaplin arrive aux studios en décembre 1913, et en attendant son premier rôle, se forme aux techniques du cinéma. Il apprécie peu les grosses farces tournées jusqu’à présent chez Keystone et souhaite introduire un comique plus raffiné. Il décide de créer un nouveau personnage, Charlot le vagabond avec un pantalon ample, une veste étriquée, un chapeau étroit et des chaussures larges, et ajoute une petite moustache pour se vieillir. Cette silhouette apparaît dès son deuxième film, Kid Auto Races at Venice [Charlot est content de lui]. Le succès est immédiat, le public réclame des films avec le petit vagabond.

Quelques mois plus tard Chaplin s’oppose violemment à sa partenaire et réalisatrice Mabel Normand sur le tournage de Mabel at the Wheel. Il obtient alors de Mack Sennett de réaliser dorénavant lui-même ses films. Admirateur de Griffith, Chaplin maîtrise tout de suite les techniques de récit de l’art cinématographique. Il réalise ensuite la quasi-totalité des films dans lesquels il joue chez Keystone, à raison d’un par semaine.

Il donne la réplique aux autres stars de Keystone, Roscoe Arbuckle dans The Rounders [Charlot et Fatty au Café], association qui annonce Laurel et Hardy, et Mabel Normand avec laquelle il est marié dans His Trysting Places [Charlot Papa]. En novembre, il participe au premier long métrage comique, Tillie’s Punctured Romance [Le Roman Comique de Charlot et Lolotte] avec Marie Dressler et Mabel Normand.

Essanay

Lorsque son contrat chez Keystone se termine fin 1914, Chaplin demande une augmentation que Sennett ne peut pas accepter, et il part donc pour Essanay où il tourne 14 films. Pour le deuxième, A Night out [Charlot fait la Noce], il recrute une nouvelle partenaire féminine, Edna Purviance, qui jouera dans 35 de ses films et avec qui il aura une aventure sentimentale jusqu’en 1917.

A Woman, 1915

Le personnage de Charlot, rustre et grossier chez Keystone, prend une personnalité plus douce et romantique. On peut citer parmi les films de cette période (tous en 1915) The Champion [Charlot Boxeur], The Tramp [Charlot Vagabond]. Dans The Bank, il se rêve en héros faisant échouer un hold-up. Dans A Night at the Show, il reprend certains sketches de l’époque Karno. Et dans A Woman [Mam’zelle Charlot], il se déguise en femme de façon crédible, et Burlesque on Carmen est une parodie du film de Cecil B. DeMille avec Geraldine Farrar.

Mutual

Maintenant devenu un phénomène culturel et une star internationale, Charles Chaplin quitte Essanay pour Mutual, avec un salaire mirobolant et son propre studio. De son propre aveu, il y connaît « la meilleure période de sa vie », disposant d’un mois pour réaliser chaque court métrage et en faire autant de chef d’œuvres. Il y est successivement un cambrioleur séduisant sa victime dans Police, un chef de rayon dans un grand magasin dans The Floorwalke. Il est aussi un pompier dans The Fireman, et un vagabond sauvant une jeune fille d’une bande de Bohémiens dans The Vagabond.

One a.m., 1917

Dans One a.m. [Charlot rentre tard], il est un fêtard rentrant éméché chez lui, dans The Count, un invité clandestin à une grande réception, dans The Pawnshop l’assistant d’un brocanteur. Il est encore un accessoiriste dans un studio de cinéma dans Behind the Screen, montre sa virtuosité en patin à roulettes dans The Rink, devient un apprenti policeman et pacifie un quartier chaud dans Easy Street, et il est un alcoolique en cure de désintoxication dans The Cure.

Chaplin se constitue alors une troupe de fidèles qui participeront à la plupart de ses films : outre la fidèle Edna Purviance, on y trouve son frère Sydney, Eric Campbell, le colosse écossais qui terrorise le vagabond mais qui disparaît tragiquement en 1917, Albert Austin, un ancien de Karno, et Henry Bergman un ancien acteur de Broadway.

First National

En 1917 il quitte la Mutual pour la First National avec laquelle il signe un contrat de distribution d’un million de dollars, qui lui laisse la production et la propriété des huit films prévus. Il fait immédiatement construire son propre studio sur La Brea Avenue à Hollywood. En 1917 The Immigrant évoque la traversée des immigrants et leurs débuts en Amérique, et dans The Adventurer, il est un forçat évadé qui s’introduit dans une fête.

avec Jackie Coogan dans The Kid, 1921

L’année suivante, dans A Dog’s Life, le vagabond est doté d’un compagnon à quatre pattes, et Shoulder Arms [Charlot Soldat] parvient à décrire avec humour les combats de la Guerre en Europe. Sunnyside [Une Idylle aux Champs] donne une part importante au rêve, dans A Day’s Pleasure, il joue un rôle inhabituel de père de famille, et dans Pay Day il est un ouvrier aimant faire la bringue.

En 1921 Chaplin trouve en un enfant de quatre ans, Jackie Coogan un partenaire idéal dans l’émouvant The Kid et en 1923 il réalise une cruelle satire de la religion avec The Pilgrim [Le Pèlerin].

United Artists

Entre temps en 1919, pour lutter contre la mainmise des studios d’Hollywood, Chaplin s’associe à D. W. Griffith, Mary Pickford et Douglas Fairbanks pour fonder la United Artists.

Son premier film pour sa nouvelle firme sera A Woman of Paris [L’Opinion Publique] avec Edna Purviance et Adolphe Menjou (1923). C’est un chef-d’œuvre acclamé par la critique internationale, mais il ne remportera pas le succès escompté, en grande partie parce qu’il n’y joue pas.

Les grands films

The Gold Rush, 1925

Plus indépendant, le style du cinéaste s’affine et ne se contente plus du burlesque. Chaplin fait entrer dans son univers comique celui du mélodrame et de la réalité sociale. The Gold Rush [La Ruée vers l’or] (1925) décrit une épopée tragique, celle de la ruée vers l’or du Klondike, et la sublime pour en faire un monument du cinéma comique, riche en scènes d’anthologie comme la danse des petits pains ou la cabane en équilibre au bord de la falaise.

Dans The Circus (1928) il est un comique involontaire incapable de faire rire quand il le veut. A l’époque du tournage, il règle ses déboires conjugaux avec Lita Grey (mère de ses deux enfants Charles Junior et Sydney Spencer Chaplin). Le cinéma connaît alors la révolution du parlant. Chaplin, qui avait élevé l’art de la pantomime à son sommet, accepte pour son film suivant, City Lights [Les Lumières de la ville] (1931) de mettre de la musique et des effets sonores. Mais il ne se détourne pas de son projet initial de film muet. Le grand maître du cinéma muet résiste au parlant.

avec Virginia Cherrill dans City Lights, 1931

Pour Modern Times [Les Temps Modernes] (1936), il enregistre quelques scènes dialoguées. Puis il se ravise, et se limite à une chanson interprétée dans un sabir incompréhensible. Il fait ainsi de cette œuvre le dernier grand film muet de l’histoire. L’hybridation sonore et musicale du film s’inscrit aussi dans une réflexion politique. Ce sera également l’ultime apparition à l’écran de Charlot le vagabond, et l’apparition d’une nouvelle femme dans sa vie, Paulette Goddard.

Les films parlants

Chaplin ne peut plus ignorer le cinéma parlant. À la veille de la Seconde Guerre mondiale, il s’engage directement sur le terrain politique, ce qui lui vaut les attaques des isolationnistes. Il est cité devant la « Commission des activités anti-américaines » en 1939. Mais il tourne The Great Dictator [Le Dictateur] et s’insurge contre la tyrannie bouffonne qui enflamme l’Europe. Il aggrave son cas en faisant campagne pour l’« aide de guerre à la Russie », ce qui le fait accuser de sympathies communistes. En 1943, il se marie pour la quatrième fois avec Oona, la fille du dramaturge Eugene O’Neill. Elle lui donnera 8 enfants. Mais il est aussi victime d’un procès en reconnaissance de paternité qui défraie la chronique

En 1946, Chaplin tourne son film le plus dur et cynique, Monsieur Verdoux, « comédie de meurtres » inspirée de l’affaire Landru. C’est une critique amère et acerbe du monde de l’Après-guerre. Puis vient Limelight (1952) évocation discrète de son propre père. Le cinéaste décrit la triste fin d’un clown dans le Londres de son enfance. Le film sort en 1952 à Londres et vaut un triomphe à son auteur.

L’exil en Europe

Harcelé par le FBI, se voyant refuser le visa de retour lors de son séjour en Europe pour la présentation de son film, Chaplin renonce alors à sa résidence aux États-Unis. Il installe sa famille en Suisse jusqu’à la fin de ses jours. Après avoir reçu le Prix International de la Paix en 1954, il reconstitue New York à Londres pour A King in New York (1957). Il y montre du doigt et ridiculise la “chasse aux sorcières” menée dans l’Amérique de la Guerre froide.

La rédaction de son autobiographie l’occupe ensuite durant les six années suivantes, de 1959 à 1964. En 1967, il tourne son dernier film, en couleurs, A Countess from Hong Kong, avec Sophia Loren et Marlon Brando, qui reçoit un accueil désastreux de la critique.

Au cours des années 70, le monde entier semble rivaliser pour lui rendre hommage : Prix spécial au Festival de Cannes en 1971, Lion d’or à Venise, Légion d’Honneur, anoblissement par la reine d’Angleterre, Oscar spécial à Los Angeles… Fêté et adulé, Sir Charles Spencer Chaplin s’éteint le 25 décembre 1977 dans sa maison de Vevey.

Sources et ressources

IMDB ; Wikipedia

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