Ford (John)

1894-1973

Etats-Unis

Réalisateur

John Ford, un des géants incontestés du cinéma, a réalisé une part non négligeable de son œuvre dans la période muette, mais malheureusement une grande partie de ces films a été perdue.

John Martin Feeney, fils d’immigrants irlandais installés en Nouvelle Angleterre, suit les traces de son frère aîné Frank, alias Francis Ford : il le suit à Hollywood, adopte le même pseudonyme et travaille avec lui comme acteur et comme assistant réalisateur. Sous contrat chez Universal à partir de 1916, il assiste des réalisateurs comme Allan Dwan. Puis il se voit confier sa première réalisation, The Tornado (1917), où il est également acteur.

Cheyenne Harry et les premiers westerns

Spécialisé dans le western, John Ford tourne 25 films avec Harry Carey, qui interprète le personnage récurrent de Cheyenne Harry. Dans le premier, Straight Shooting (1917), Harry est d’abord un mercenaire avant de passer du côté du bien. Il est ensuite un personnage positif dans Bucking Broadway (1917) et Hell Bent (1919), et dans A Gun-Fighting Gentleman (1919), film partiellement conservé. Malheureusement la plupart des films de cette époque ont été perdus, notamment A Woman’s Fool (1918), The Phantom Riders (1918) et Roped (1919), où Cheyenne Harry est devenu un riche éleveur. Ford tourne aussi avec d’autres acteurs comme Pete Morrison dans By Indian Post (1919), et Ed Jones dans The Last Outlaw (1919).

Dans les films de cette époque, on retrouve déjà les caractéristiques des grands westerns de John Ford : sa manière d’intégrer les personnages dans des décors naturels sublimes, des personnages féminins consistants qui sont les égales des hommes.

A la Fox

Fin 1920, John Ford signe à la Fox. Il réalise alors Just Pals (1920) où Buck Jones, sympathique vagabond, prend son son aile un jeune garçon. Dans Cameo Kirby (1923), John Gilbert est un joueur professionnel accusé de meurtre. D’autres films sont perdus comme Action (1921) avec Hoot Gibson et où il dirige pour la première fois son frère Francis, Little Miss Smiles (1922) avec Shirley Mason, sur une famille juive du ghetto, et The Village Blacksmith [Le Forgeron du Village] (1922) dont il reste la dernière bobine.

The Iron Horse, 1924

Avec North of Hudson Bay (1923, il dirige Tom Mix en chercheur d’or voulant venger son frère, et avec Hearts of Oak (1924), Hobart Bosworth en vieux marin au grand coeur. Après un long voyage en Europe (et en particulier en Irlande), la Fox lui confie la réalisation de The Iron Horse [Le Cheval de Fer] (1924), épopée à la gloire des constructeurs du chemin de fer qui a unifié le continent nord-américain. Cette production pharaonique réunit George O’Brien et Madge Bellamy.

Les sources irlandaises

En 1925 John Ford réalise Kentucky Pride, sur l’histoire d’un cheval de course avec Henry B. Walthall son propriétaire, et Lightnin’, avec Jay Hunt et Madge Bellamy, sur un hôtel à la frontière du Nevada et de la Californie. La même année, The Fighting Heart et Thank You sont deux films perdus avec George O’Brien en vedette.

Three Bad Men, 1926

En 1926, ce sera The Shamrock Handicap, sur le milieu des chevaux, avec Janet Gaynor, premier film ayant pour thème l’Irlande et l’attirance pour l’Amérique. Three Bad Men [Trois Sublimes Canailles], avec George O’Brien et Olive Borden, est une autre grande épopée dans le contexte historique de la ruée vers l’or, et surtout vers les terres, les vrais richesses selon Ford. The Blue Eagle [L’Aigle Bleu] voit George O’Brien et William Russell rivaux amoureux mais unissant leurs forces pour lutter contre les trafiquants de drogue.

Influence de l’expressionnisme

En 1927 Ford est élu à la tête de la Motion Pictures Directors Association. Il tourne encore Upstream (1927), film retrouvé en Nouvelle Zélande sur un acteur égocentrique incarné par Earle Foxe. Il se rend alors en Allemagne pour le tournage de Four Sons [Les Quatre Fils] avec James Hall, où une mère perd à la Guerre trois de ses fils, avant de rejoindre le dernier en Amérique. Ford découvre à cette occasion le cinéma expressionniste, et ce film est le plus grand succès public de sa carrière muette.

Hangman’s House, 1928

John Ford utilise donc une photo au style volontairement expressionniste en 1928 dans Hangman’s House, drame sur l’insurrection irlandaise avec Victor McLaglen. Mother Machree (1928) avec Belle Bennett reprend le thème de la mère qui se sacrifie pour ses enfants, et de l’Amérique salvatrice. Riley the Cop (1928) présente J. Farrell MacDonald, un de ses acteurs fétiches, en flic de quartier, et Strong Boy (1929), voit Victor McLaglen, autre acteur fétiche, lutter pour être digne d’épouser Leatrice Joy.

Le parlant

Après le court métrage (perdu) Napoleon’s Barber (1928), le premier vrai film parlant de Ford est The Black Watch (1929) avec McLaglen en officier de l’Armée des Indes. En dépit de la réticence des studios, il réalise les prises de son en extérieur. La direction des scènes dialoguées est confiée à des metteurs en scène de théâtre mais Ford montre son talent dans les scènes d’action. Il enchaîne Up the River (1930), film de prison avec deux nouveaux acteurs prometteurs, Spencer Tracy et Humphrey Bogart. Men Without Women (1930), dont l’action se situe principalement dans un sous-marin, est la première collaboration de Ford avec le scénariste Dudley Nichols. En 1931, son contrat avec Fox est revu à la baisse, mais il peut désormais tourner pour d’autres compagnies.

Films de guerre et mélodrames

En 1931, il réalise le film de guerre Seas Beneath avec George O’Brien en commandant de vaisseau plein d’humanité, et The Brat, où un écrivain se charge d’une jeune voleuse interprétée par Sally O’Neil. Arrowsmith, réalisé pour Samuel Goldwyn, avec Ronald Colman en médecin, vaut à John Ford sa première nomination aux Oscars.

Son film suivant, Air Mail (1932), film à la gloire de l’aéropostale avec Ralph Bellamy, est produit par Universal. Puis il réalise son premier film pour la MGM, le mélodrame Flesh [Une Femme survint] (1932) avec Wallace Beery en boxeur naïf amoureux de Karen Morley. L’année suivante il met en scène un médecin de campagne dévoué (Will Rogers) dans Doctor Bull, et une mère possessive (Henrietta Crosman) préférant voir son fils mort que marié dans Pilgrimage [Deux Femmes].

Il retrouve Dudley Nichols pour The Lost Patrol [La Patrouille perdue] qu’il met en scène en 1934 pour la RKO avec Victor McLaglen auquel il offre un nouveau grand rôle. Lié par son contrat avec la Fox, il doit prendre en charge la réalisation de The World moves on [Le Monde en marche], grande fresque familiale qui couvre la fin du XIXe siècle et les premières décennies du XXe siècle. Il a plus de réussite avec Judge Priest (1934) avec Dudley Nichols au scénario et l’acteur Will Rogers à qui il laisse une grande liberté en juge débonnaire.

Suite de sa carrière

En 1935, Ford participe à la fondation de la Screen Directors Guild et réalise pour la RKO, en studio et avec un petit budget, The Informer [Le Mouchard] avec Victor McLaglen. Ce film ténébreux, formellement proche du cinéma expressionniste, lui permet d’aborder l’Irlande qu’il présente comme une terre de souffrance et de misère qui combat l’envahisseur britannique. Il remporte son tout premier Oscar du meilleur réalisateur en 1936. En 1937, il apporte son soutien aux Républicains espagnols, et sera aussi très actif dans la lutte contre le nazisme.

Avec Stagecoach [La Chevauchée fantastique] (1939), Ford renoue avec le western, genre qu’il n’avait pas abordé depuis 13 ans, et en faisant confiance à John Wayne qui n’a tourné jusque là que des films mineurs. Pour la première fois, il tourne en extérieur, à Monument Valley. Ce film fait l’unanimité des critiques, mais échoue aux Oscars. Il tourne ensuite Young Mr. Lincoln et The Grapes of Wrath [Les Raisins de la colère] (1940) avec Henry Fonda, et obtient pour ce dernier film son deuxième Oscar. Dernier film de Ford avant la guerre, How Green was my Valley (1941) est un immense succès public et critique. Il rafle cinq Oscars dont ceux du meilleur film et de la meilleure réalisation.

Après la guerre

Durant la guerre, Ford à la tête d’une unité de cinéastes va parcourir les théâtres d’opérations militaires, et remporte l’Oscar du meilleur documentaire. De retour à Hollywood, il reprend le chemin de Monument Valley pour tourner My Darling Clementine (1946) où il retrouve Henry Fonda. Il retrouve rapidement le succès populaire avec les westerns du Cycle de la cavalerie, et part en Corée en 1950 tourner un documentaire pour la Navy. Promu contre-amiral, il part pour l’Irlande tourner The Quiet Man, projet qui lui tient à cœur depuis les années trente. Le film est l’un des plus importants succès public de la Republic Pictures et permet au réalisateur de gagner un quatrième et dernier Oscar en 1952.

Parmi ses derniers chefs d’œuvre on peut citer Mogambo (1952), The Searchers [La Prisonnière du Désert] (1956), et The Man who shot Liberty Valance (1962).

Sources et ressources

IMDB ; Wikipedia

Patrick Brion : John Ford, biographie, filmographie illustrée, analyse critique Editions de la Martinière

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