1905-1990
Suède, Etats-Unis
Actrice

Greta Gustafsson voit le jour à Stockholm dans une famille de condition modeste. Elle travaille d’abord dans un magasin qui l’a choisie pour tourner dans des réclames filmées, ce qui lui donne l’idée de devenir actrice. Elle entre alors à l’Académie royale d’art dramatique de Stockholm, le Dramaten, en 1922 et y étudie jusqu’en 1924. C’est là qu’elle rencontre le réalisateur Mauritz Stiller qui lui enseigne les techniques cinématographiques. Il lui confie un rôle majeur dans son film Gösta Berlings Saga [La Saga de Gösta Berling] (1924), d’après Selma Lagerlöf. Elle est la jeune femme belle et pure qui permet la rédemption finale de Gösta. C’est à cette occasion que son mentor lui donne son nom de scène : Greta Garbo.
Stiller croit en elle et la prend sous sa protection. Il la fait jouer à Berlin dans Die freudlose Gasse [La Rue sans Joie] (1925) de Pabst. Elle y est la fille d’un fonctionnaire ruiné par les spéculations, qui échappe de peu à la prostitution. Puis Stiller l’emmène avec lui à Hollywood où il a été invité. Malheureusement il ne réussira pas aux Etats-Unis, et ne parviendra même pas à tourner un film avec sa protégée.
Débuts à Hollywood
A son arrivée à Hollywood, Arnold Genthe, un photographe de Vanity Fair, décèle le potentiel de Greta Garbo. Elle est relookée, cheveux coupés, lissés, front dégagé, yeux alourdis, sourcils réduits, regard mis en valeur.
Ses premières apparitions dans The Torrent de Monta Bell où elle est une jeune fille pauvre devenue une célèbre cantatrice, et The Temptress [La Tentatrice] de Fred Niblo en 1926, où elle est une grande dame qui multiplie les amants qui se battent pour elle, la propulsent en haut de l’affiche, dans un personnage inédit de femme fatale que tous les autres studios chercheront à imiter.

Les deux films suivants confortent cette image. Dans Flesh and the Devil [La Chair et le Diable] (1927) de Clarence Brown, elle séduit tour à tour deux amis, et Love (1928), d’Edmund Goulding est une adaptation d’Anna Karénine avec une fin heureuse.
John Gilbert et la MGM
C’est sur le tournage de Flesh and the Devil qu’elle rencontre John Gilbert, déjà une star du cinéma muet, avec qui elle poursuit une relation qui défraye la chronique, notamment lorsqu’elle annule au dernier moment ses projets de mariage, mais qui sera abondamment utilisée par les services de publicité de la MGM. Le renouvellement de son contrat est l’occasion d’un long bras de fer avec Louis B. Mayer et aboutit à ce qu’elle devienne l’actrice la mieux payée d’Amérique (250 000 $ par film).
Greta Garbo continue à aligner les succès dans des films construits entièrement autour de son personnage. En 1928 elle est dirigée par Victor Sjöström, autre exilé suédois, dans The Divine Woman, le seul de ses films à être perdu. La même année elle est une espionne dans The Mysterious Lady [La Belle Ténébreuse] de Fred Niblo, et une jeune femme riche et insouciante dans A Woman of Affairs [Intrigues] de Clarence Brown, où elle retrouve John Gilbert.

En 1929 elle est l’épouse de Lewis Stone dans les aventures exotiques de Wild Orchids [Terre de Volupté] de Sidney Franklin, part sur un voilier avec Nils Asther dans The Single Standard [Le Droit d’aimer] de John S. Robertson, et embrasse le jeune Lew Ayres avec des conséquences tragiques dans The Kiss [Le Baiser] de Jacques Feyder.
Le parlant
Greta franchit tardivement mais sans problème le cap du cinéma parlant. C’est dans Anna Christie de Jacques Feyder en 1930 que le public entend pour la première fois sa voix grave et sensuelle, teintée d’un léger accent suédois. Le film, d’après une pièce d’Eugene O’Neill, bénéficie du slogan « Garbo parle » et est un véritable succès. John Gilbert par contre voit sa popularité baisser au début des années 1930.
À partir de cette époque, on compose à Garbo un nouveau personnage solitaire, énigmatique. Elle n’assiste qu’aux premières, n’accorde plus que de rares interviews. Elle arrête aussi les nombreuses séances de photos d’extérieur et ne fait plus que des portraits d’art, réalisés en studio par deux portraitistes attitrés, Ruth Harriet Louise jusqu’en 1929, puis Clarence Sinclair Bull. Si quelque chose lui déplait pendant un tournage, elle menace de rentrer en Suède (« I want to go home »), menace qui s’avère souvent efficace. Garbo ne tourne alors qu’à studio fermé, refusant les visiteurs lorsqu’elle joue.
Amoureuses et séductrices
Apres Romance (1930) et Inspiration (1931), deux films mineurs de Clarence Brown, elle est une courtisane régénérée par l’amour du jeune Clark Gable dans Susan Lenox – Her Fall and Rise (1931) de Robert Z. Leonard. Son apparition dans Mata Hari (1932) de George Fitzmaurice la consacre séductrice dans le rôle de l’espionne et danseuse exotique. Mais la censure s’offusque du costume suggestif qu’elle porte sur l’affiche.
Greta Garbo partage ensuite l’affiche de Grand Hotel (1932) d’Edmund Goulding dans le rôle de la danseuse étoile fataliste, face à John Barrymore qu’elle admire. En conflit avec la MGM, elle disparaît des écrans pendant presque deux ans, après As you desire me (1932) de Fitzmaurice, d’après Pirandello et où elle apparaît en blonde.

La réconciliation lui donne un contrôle total sur les films qu’elle tourne, et lui permet de faire remplacer Laurence Olivier par John Gilbert pour le tournage de Queen Christina (1934) de Rouben Mamoulian, probablement son meilleur film parlant où elle incarne la reine de Suède en costume masculin. La même année, elle tourne dans The Painted Veil [Le Voile des Illusions] de Richard Boleslawski. Plus tard elle incarne deux rôles tragiques conformes à son personnage en reprenant le rôle titre de Anna Karenine (1935) de Clarence Brown, remake de Love (respectant cette fois la fin tragique du roman), et en jouant Camille (1937) dans le film de George Cukor, d’après La Dame aux Camélias.
Fin de carrière
Après maintes tragédies, elle joue dans la comédie Ninotchka en 1939 d’Ernst Lubitsch. Lancé avec le slogan « Garbo rit ! », le film est un succès, et Garbo y est charmante en bolchévique transformée par l’amour. Mais après l’échec relatif de son film suivant, Two-Faced Woman (1941) de Cukor, Garbo met définitivement un terme à sa carrière, au faîte de sa gloire.
Malgré des rumeurs périodiques de come back, elle tourne alors définitivement le dos au monde du cinéma et vit à New York le plus loin possible des medias, fréquentant quelques rares amis comme Leopold Stokovski ou Cecil Beaton.